2.
Tout le monde s’était rassemblé dans
la salle du conseil, où d’ordinaire ils ne venaient
ici que pour se réunir et discuter des grandes
décisions. Etant tous inquiets, un silence de mort
régnait dans la salle. La tension était telle
qu’elle en devenait presque palpable. Soudain, Charles se
leva et rompit le silence :
-
J’en peux plus d’attendre, je vais voir...
- Non, n’y va pas dit Edward. Il faut les laisser tranquille.
Imagine que ce sont peut-être leurs derniers instants tous
les deux... Moi aussi, et tout le monde aussi veut savoir. Mais
nous ne pouvons pas les interrompre. Il faut attendre... Je sais
que c’est difficile, mais il le faut.
Charles se rassis, en faisant la grimace. Bien que
son vieil ami ait raison, il lui était difficile de
l’admettre. Edward et lui avaient toujours vécu dans
cette petite ville de Uri. Ils avaient d’ailleurs grandi
ensemble et avaient fréquenté les mêmes bancs
d’école. Depuis toujours, ils avaient travaillé
ensemble mais il y a de ça quelques années
déjà, une violente dispute les avaient
séparés. Ils ne se parlèrent plus pendant
près de 3 ans. Durant cette période, leurs propres
enfants se livrèrent à une guerre éternelle.
Et malgré que les deux hommes se soient
réconciliés, il restait encore un peu
d’amertume dans leur cœur. Chacun ne voulant pas
admettre ses tords. Depuis leur réconciliation, leurs fils,
eux continuaient de se haïr ne se préoccupant plus des
histoires d’adultes et ayant finis par se détester
radicalement. Pourtant, quand leurs parents étaient encore
les meilleurs amis du monde, les deux jeunes garçons qui
n’étaient encore que de petits gamins,
s’amusaient ensemble. La dispute d’Edward et Charles
fut la dernière du village, excepté celle de leurs
propres enfants. C’est depuis cette longue querelle, que le
village décida d’instaurer un conseil qui permettrait
de régler les conflits. Mais celui-ci avait
échoué pour les deux adolescents.
-
Tout ça c’est de la faute de ce vieux boiteux
d’Edward ! Dit John, le fils de Charles.
- Ne parle pas comme ça de mon père ou je te casse la
figure. Répliqua le fils d’Edward.
- Bah viens monsieur le poltron, allez viens ; je t’attends
Willy. Viens te battre si tu es un homme.
Willy se leva brusquement et se jeta sur son ennemi
juré. Surpris par cette scène, les femmes furent
choquées d’une telle violence au sein de la salle du
conseil. Ce n’est qu’après quelques minutes que
les deux garçons furent séparés tant bien que
mal par leur père. Tandis que John semblait intact, un mince
filet de sang coulait du nez de Willy qui avait reçu un coup
en plein dedans. C’est à ce moment-là que la
femme de Rob entra dans la pièce. Tous se
retournèrent vers elle, la regardant avec inquiétude.
Il va s’en sortir, dit-elle. Tout le monde fut soulagé
d’apprendre la nouvelle. Helen expliqua alors que
malgré ses blessures, le médecin avait réussi
à le sortir d’une mort presque certaine. Cependant, il
était encore très faible et avait besoin de beaucoup
de repos. Ceci préjudicierait sur son travail, mais dans un
élan de solidarité tous proposèrent de les
aider. Chacun considérant que les événements
qui étaient arrivés aurait pu tomber sur
n’importe qui. Finalement, ils voulurent rendre visite
à leur ami blessé mais Helen les en empêcha
leur disant qu’il était encore trop
faible.
***
Ils sortirent de la salle et
allèrent retrouver le cadavre de la bête. Elle
ressemblait en tout point de vue à un énorme chien
sauvage. Son pelage était aussi noir que le charbon et sa
gueule refoulait une odeur de chair mêlée à du
sang... Celui de Rob bien entendu et des moutons. Ils
traînèrent la bête jusqu’à la
place, d’un accord commun, ils avaient décidé
de la brûler. Ils entreprirent de former une sorte de
bûcher. Ceci finit, ils placèrent la bête
à son sommet, et mirent le feu au bûcher. La
bête se consuma lentement laissant échapper des
traînées de fumée noire et une odeur
nauséabonde. Quand le feu s’éteignit, quelques
heures plus tard, il ne restait qu’un tas de cendre chaude
fumant encore. Ils nettoyèrent le tout et vaquèrent
à leurs occupations. Le soir venant, les hommes se
retrouvèrent comme à l’accoutumé au bar.
Ils discutèrent un temps des sujets habituels
jusqu’à ce que l’un d’eux ouvrit le sujet
des évènements récents. La discussion tourna
autour de la bête puis de Rob. Chacun espérant
qu’il reviendrait au bar bientôt avec eux, frais comme
un bébé. Le médecin avait avoué que la
cicatrisation de la plaie pourrait prendre du temps, bien plus
qu’on ne l’imaginait. C’est à dire que le
monstre ne l’avait pas raté. Ces crocs
s’étaient bien enfoncés profondément.
Sans doute, Rob gardera-t-il la marque de cette lutte
jusqu’à la fin de ces jours... Tandis qu’ils
buvaient tous à sa santé, un cri déchirant les
fit sursautés. Ils sortirent tous en trombe du bar et virent
avec stupeur, toute une meute... Les chiens sauvages venaient
venger leur frère...